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FRANCINOV
Association Loi 1901
35, rue de la Paroisse
B.P. 513
78005 VERSAILLES Cedex
Tél. 01 30 83 79 79
Fax. 01 30 83 79 78
   
 
 

Les éditos du président de Francinov

Jean François LEMETTRE

 
Mai 2010

Qu’est-ce qui provoque l’innovation ? La demande du marché ou plus largement des besoins de la société ? On parle alors de demand pull. Les progrès des connaissances et l’émergence de nouvelles techniques ou méthodes ? On appelle cela le technological push. L’alternative a été posée dans des éditoriaux passés avec à chaque fois la conclusion qu’associés ils sont plus forts.
La demande est motrice. Par exemple quand des nécessités s’imposent : le pétrole se raréfie et les prix de l’énergie vont croître. Un tel constat ouvre des opportunités : économies d’énergie, technologies appliquées aux énergies traditionnelles, énergies alternatives. La hausse des prix à long terme signale la possibilité économique d’innovations jusqu’alors non compétitives.
L’innovation est alors une course que gagnent ceux qui sont partis avant les autres. Il y a deux impératifs pour un compétiteur. D’abord avoir des solutions en réserve, c’est-à-dire anticiper des besoins futurs, sélectionner lesquelles de ses compétences pourront participer à des réponses utiles, commencer à élaborer des solutions. Ensuite être prêt à temps, c’est-à-dire quand la demande est effective et solvable mais avant les concurrents. Plus la réponse exige des changements significatifs des produits et des méthodes, plus l’effort de recherche et d’innovation doit la précéder.
La recherche – scientifique et technique mêlées – doit imaginer des solutions à des problèmes incomplètement formulés, parfois à peine esquissés. Cela suppose une certaine liberté dans les orientations qu’elle prend. Mais les chemins qu’elle suit ne peuvent apporter seuls des réponses satisfaisantes aux besoins et à la demande. Les chercheurs doivent intégrer à leurs orientations stratégiques l’observation des besoins à long terme et du système des prix. Ils peuvent aussi tenter d’établir en quoi leurs recherches peuvent initier des solutions et à quel horizon. L’encouragement au dépôt de brevets les incite à aller jusqu’à l’application. Mais ce travail d’anticipation serait-il bien conduit, la solvabilité du marché se fait parfois attendre. C’est le rôle de la politique industrielle et des financements publics d’amorcer la demande.
Conclusion : la synergie entre demand pull et technological push engendre l’innovation là où l’innovation est au centre des stratégies.

 
Mars 2010

Lors de nos réunions mensuelles la même question me revient, comme j’imagine à chacun des participants : cette invention peut-elle réussir ? Tenons-nous là une future innovation et pour un marché de quelle taille ? Et à chaque fois revient le même constat : l’idée est bonne mais la réussite reste à construire.
Prenons trois exemples de la dernière réunion tenue le 17 février à Marly le Roi. Les projets traités sont présentés dans cette même lettre. Deux concernent la construction et des solutions aux problèmes d’énergie. Le panneau d’échanges thermiques Caméléon de Messieurs Magnier et Louis est un panneau solaire qu’ils ont voulu simple dans son principe et dans sa mise en œuvre et surtout moins coûteux que les solutions alternatives. La brique isolante de Messieurs Batista et Darty propose de chauffer la maison l’hiver et de la rafraîchir l’été par un ingénieux système de circulation d’air dans les murs, lui aussi assez simple dans son principe et ses solutions.
Madame Seignez nous a présenté deux inventions pour la troisième fois mais encore améliorées. Son pantalon pour personnes incontinentes a reçu une médaille d’or au Salon de Genève et son arc d’élongation compléterait utilement les installations de rééducation fonctionnelle. Elle a besoin de convaincre de cette utilité. Elle se heurte à la difficulté d’entrer sur des marchés médicaux très fermés. D’autres marchés paraissent possibles qui y conduiraient ensuite à condition de raisonner dans un autre contexte : le problème de rétention urinaire n’est pas l’exclusivité des personnes malades ou âgées.
Une innovation qui réussit doit apporter une réponse simple et des coûts maîtrisés. C’est le cas de beaucoup de nos invités mensuels qui viennent et reviennent si nécessaire. Pour que la réussite leur soit ouverte il y faut encore un peu de chance et la rencontre des partenariats industriels et financiers qui leur manquent encore. Parfois, c’est le cas de Madame Seignez, d’une collaboration de management, de projet d’abord, d’entreprise ensuite.
L’aide qu’ils attendent de nous est dans ces mises en relation.

 
Février 2010

La France dit-on, n’aime pas ses entreprises. Ou plutôt les français renieraient-ils leurs entrepreneurs ? La réponse est controversée et fluctue d’un sondage à l’autre, selon la conjecture. Une entreprise qui réussit, une autre qui délocalise sa production, l’annonce de rémunérations élevées en période de crise alimentent la volatilité de l’opinion. En a-t-il toujours été ainsi ? Les écrits d’économistes sur l’entreprise ne se sont développés qu’au 20ème siècle. Auparavant la littérature – la grande – a su témoigner avec vérité. Incontournables sont au 17ème siècle Daniel Defoe et son Robinson Crusoe, rationnel, plein de projets pour qui tout problème est soluble. Mais Robinson est-il entrepreneur ou entreprenant ? A l’orée du 20ème siècle, Thomas Mann campe en Thomas Buddenbrooks un négociant créateur et conquérant et dans son fils Christian un gestionnaire passif qui ouvre la chute de la dynastie.
Qu’en est-il en France ? L’homme d’affaires n’y attire pas la sympathie des écrivains. Balzac en témoigne tout au long de son œuvre : le commerçant prédateur et le banquier spéculateur incarnent l’amoralité, le parasitisme. Une exception toutefois, celle du médecin de campagne qui apporte la modernité des techniques et son cortège de bienfaits sur le niveau de vie, l’éducation, la santé. Le médecin de Balzac est un marginal, mais bien moins que le Jean Valjean des Misérables de Victor Hugo. Devenu Monsieur Madeleine à Montreuil-sur-Mer il introduit des innovations mineures dans des métiers traditionnels qui végétaient. Les coûts baissent, salaires et marges augmentent en même temps. L’innovateur, qu’on disait arrivé avec peu d’argent, s’est enrichi mais ceux qui l’entourent aussi. « C’est de ce mince capital, mis au service d’une idée ingénieuse, fécondé par l’ordre et par la pensée qu’il avait tiré sa fortune et la fortune de tout ce pays ».
Ces grands auteurs furent des références. Pour eux, le bon entrepreneur est celui qui enrichit ceux qui l’entourent en même temps que lui-même. Il est un innovateur. C’est aussi la définition retenue par l’économiste Joseph Aloïs Schumpeter qui le place au centre de la dynamique vertueuse de l’économie de marché. N'est-ce pas en fin de compte l’opinion commune ?

 
Janvier 2010

Que sera l’année qui commence ? 2008 fut celle d’une crise financière puis économique. 2009 a vu la remise en fonctionnement du système financier à défaut de sa remise en ordre. L’économie pour sa part est repartie en hésitant avec des doutes sur la durée de la reprise. Alors 2010 mettra-t-elle la crise derrière nous, laissant certes des factures mais la création de richesses qui permette de les solder ? Ou la crise n’est-elle pas suffisamment purgée et nous réserve-t-elle le fameux W (baisse-reprise-rechute-reprise) ? Ou encore le risque n’est-il pas que la reprise se fasse sans nous : en Asie, en Amérique, dans quelques pays européens ?
Je souhaite à tous que le premier scénario s’impose et que chacun trouve sa place dans une conjoncture moins rude. Mais on ne peut exclure le second : si le système financier retrouve sa propension aux excès ; si les promesses d’une meilleure régulation de ce système s’étiolent dès lors que l’urgence du krach ne l’impose plus. On ne peut non plus exclure le troisième : si les gouvernements européens tirent chacun pour soi et attendent de la croissance des autres leur propre salut ; si les institutions de l’Union européenne s’occupent plus de neutraliser les quelques efforts privés ou publics allant dans ce sens que de promouvoir et protéger les industries européennes.
Les second et troisième scénarios nous menacent aussi si nous ne sommes par prêts pour la reprise. Cela a déjà été rappelé ici, la fin de la crise ne signifie pas que tout repartira comme avant, bien au contraire. Les innovations seront au centre des recompositions. Il fallait parfois qu’elles attendent leur temps et il est venu. Il faut être prêt à saisir les opportunités. Le succès viendra à ceux qui ont su anticiper les besoins de produits et procédés nouveaux. Francinov a une part à y prendre.
Comme 2009, l’année 2010 commence dans un climat d’incertitude mais ouvre des promesses qui justifient plus que jamais effort et audace. C’est dans cet état d’esprit que je vous souhaite une excellente année et la réussite de vos projets.

 
Décembre 2009

« Pluie de brevets américains sur les technologies propres ». Le quotidien La Tribune (31 août 2009) reprenait ainsi les résultats du CEPIG (clean energy patent growth index) du cabinet américain de propriété industrielle Heslin, Rothenberg, Farley & Mesiti. L’étude porte sur les brevets déposés auprès de l’IPO et portant sur la pile à combustible, les véhicules propres et les énergies renouvelables. Au second trimestre 2009, 274 brevets ont été recensés (214 un an avant et 243 au trimestre précédent). Le Japon fait la course en tête avec 75 brevets déposés, suivi par la Californie, le Michigan et l’Allemagne. Plus de la moitié des brevets considérés portent sur la pile à combustible (156 sur 274), afin notamment d’améliorer la mobilité et l’autonomie des véhicules qui en seront équipés. Honda, General Motors, Toyota et un peu plus loin Nissan, Ford et Daimler mènent la course.
Le nombre de brevets déposés est souvent considéré comme un indicateur très imparfait de la capacité d’innovation. C’est vrai mais il n’en est pas de meilleur. Et puis le Japon, la Californie, l’Allemagne restent des références dans leur capacité à réagir par l’innovation à la concurrence internationale. Les entreprises qui viennent d’être citées auxquelles l’article ajoute notamment General Electric, Panasonic, Applied Materials dans les énergies propres et les semi-conducteurs ont souvent été les promoteurs de ces réussites.
On déplorera ici les réticences des dirigeants américains face aux contraintes visant à instaurer une croissance plus respectueuse de l’environnement. On se rassurera au constat que leurs entreprises se préparent activement à entrer dans cette voie qui ouvre les promesses de la croissance future. On s’inquiètera de ne pas voir la France dans la tête de ce classement. La recherche dit-on y est active et produit des résultats. Prenons en acte mais regrettons alors que trop peu de brevets soient déposés pour en asseoir les droits de propriété. C’est pourtant indispensable pour en garantir l’exclusivité au bénéfice des entreprises et de l’économie française.

 
Octobre 2009

Le débat autour de la loi « Hadopi » ne peut être réduit à une confrontation entre modernité et archaïsme, entre jeunes et vieux. Ce qui est récent ne porte pas comme une nécessité le progrès de la société vers plus de liberté et de créativité. Le nouveau n’est pas toujours le meilleur y compris pour ceux qui le prônent.
On a tout dit et écrit ou presque sur les effets positifs et négatifs de la copie d’œuvres littéraires et musicales : sur le risque d’assèchement de la création (effet négatif), sur l’accroissement de la diffusion (effet positif) notamment. Dans les deux cas, la crainte est fondée mais parfois exagérée. L’écrit a existé avant l’imprimerie et les droits d’auteur, le chant et l’image avant la SACEM. L’imprimerie, le disque et la photographie ont favorisé la diffusion des œuvres et la prolifération des créateurs (positif), mettant au chômage au passage les monastères, les chanteurs des rues et les ateliers des successeurs de Rembrandt (négatif). Ainsi va l’innovation qui fait naître un monde sur les ruines de l’ancien. Les formes nouvelles de la création et de la diffusion sont en cours d’invention, peut-être radicalement différentes des formes que nous avons connues. Seront-elles un progrès ou une régression ? Le jugement sera à coup sûr controversé et le prononcer aujourd’hui serait prématuré.
Mais croire que cela substituera un monde de gratuité, de sociabilité régénérée est pour le moins hasardeux. Les monastères ont dû passer de la copie au fromage ou à la liqueur mais les livres, moins chers, n’en étaient pas gratuits. La bibliothèque en ligne construite par Google – qui s’est exonéré de droits d’auteur – est financée par la publicité (jusque quand ?). Restent à la charge du lecteur l’achat d’un ordinateur (plus cher qu’un rayon de livres) et l’abonnement ADSL. L’argent ne disparaît pas, il change de mains : des auteurs et de l’édition il passe aux producteurs de machines et de services de mise en ligne. Le système de l’édition proposait une sélection des œuvres : bonne ou mauvaise mais elle avait le mérite d’exister. Il organisait la rétribution des créateurs : bien ou mal mais elle était effective. En reviendra-t-on à la fausse gratuité du mécénat ? Quels repères utiliser dans l’hyper choix face aux objets ? Qui fera quoi ? Les technologies de l’information et de la communication portent des innovations majeures et créent des ruptures irréversibles. Il reste à se rendre maître de ce qui en adviendra.

 
Septembre 2009

L’actualité de cet été a été marquée par des conflits sociaux dont les formes, parfois nouvelles, ont révélé des tensions fortes. La raison ? Des fermetures de sites ou des réductions d’effectifs souvent drastiques. Que des entreprises ajustent leurs capacités est un fait permanent, accéléré en période de récession. C’est parfois un choix d’aubaine de dirigeants en quête de marges accrues. Mais c’est souvent aussi le corollaire de la croissance de la productivité, du renouvellement des produits et des techniques et de l’économie de concurrence. Les délocalisations n’ont pas pour seule cause les écarts de coûts de main d’œuvre.
Ces évolutions peuvent souvent être anticipées. Un exemple : la surcapacité de production automobile est avérée dans les pays de vieille industrialisation. La demande est surtout de remplacement et la productivité des usines continue de croître. Alors on dit qu’il n’y subsistera bientôt que cinq ou six constructeurs. Leur survie commande d’aller produire aussi là où la demande est dynamique, dans ces nouveaux pays industriels qui ne se contentent plus d’importer.
Le problème de base est l’adaptation des entreprises au contexte sans cesse changeant des industries. Le redéploiement international est une solution, une stratégie : pas toujours la meilleure mais à envisager. Faute de bien identifier la question, on ne sait pas donner un sens à la discussion sur la stratégie.
Dans ce type de situations, les réactions à la française sont trop à revers du souhaitable en inversant problème et solution. Que les acteurs économiques concernés, et au premier rang les salariés, s’inquiètent de leur avenir et tentent de défendre leurs intérêts est tout ce qu’il y a de plus légitime. Mais L’absence de perspective transforme souvent l’inquiétude en révolte. Faute d’instaurer un débat sur l’identification du problème et le sens à donner à la réponse, il ne peut y avoir de compréhension sur la stratégie. Or, il semble au contraire qu’un consensus se fasse pour escamoter l’identification en commun des problèmes. Elle reste de la seule responsabilité des dirigeants d’entreprises. Les syndicats et les élus locaux s’en font une raison car elle leur évite de reconnaître des réalités parfois difficiles à assumer. Quant à l’Etat il a la double tâche de catalyseur dans l’identification des problèmes (une politique industrielle) et l’instauration de débats entre acteurs (le dialogue social).
Il est des pays où les choses avancent mieux. Alors faisons un rêve.

 
Mai /Juin 2009

Il est excessif d'affirmer que la crise économique est une rédemption : ses conséquences individuelles et collectives sont souvent trop graves voire dramatiques pour qu'on le claironne ainsi. Mais la fin des crises ne laissent jamais l'économie ni la société identiques et elles ouvrent des perspectives nouvelles qu'il faut savoir saisir.

Une récession frappe surtout les activités les plus vulnérables, qui fournissent des biens jugés non essentiels, ainsi que les "cycliques" qui les alimentent en matières consommables et en équipements. On réduit l'activité en conséquence dans les entreprises, on ferme des lignes de production ou des établissements quand l'entreprise elle-même ne sombre pas. Si l'entreprise fait des choix logiques, les victimes sont les maillons les moins compétitifs : produits mal adaptés à la concurrence, processus à productivité insuffisante.

La reprise ne ramène en général pas ces activités ni ces technologies. Des produits mieux appréciés et des technologies plus efficientes ont fixé les nouvelles références du marché. Les mêmes entreprises peuvent les porter sinon d'autres entreprises les supplantent, dans le même pays ou dans des pays différents. Ainsi la crise est-elle un moment privilégié de cette recomposition internationale de l'offre. Ce qui a disparu ici renaît autrement ailleurs et nos vieilles économies industrielles, avec leurs rigidités et leurs coûts élevés constatent plus les départs qu'elles n'applaudissent aux arrivées. Les délocalisations d'activités sont une composante de ce phénomène plus complexe qu'il n'y paraît d'abord.

L'innovation est au cœur de la résistance. Elle est indispensable au renouvellement des produits et des technologies et au dépassement des enchaînements facteurs du déclin. La sortie de crise se prépare pendant (et même avant) la crise car innover requiert du temps. Les produits et technologies du cycle suivant existent déjà ou se mettent en place.

Alors innovateurs, mobilisez-vous !

 
Avril / Mai 2009

On n’a pas manqué de souligner ici la désinvolture des financiers dans l’approche des risques, leur gestion imprudente et ses conséquences dans le déclenchement de la crise économique. Encore faut-il souligner qu’ils ont pour cela reçu le renfort de nombreux économistes théoriciens de la finance dont plusieurs ont été récompensés par un prix Nobel. Ils prétendaient avoir domestiqué le risque et ont communiqué cette illusion à des praticiens qui ne demandaient qu’à les croire. Le mérite de l’ouvrage de H. Bourguinat et E. Briys est d’établir ce lien fort qui a engendré l’arrogance de la finance tant chez les professionnels (les quants) que chez les scientifiques. Les modèles mathématiques d’ingénierie financière ont été mis au service d’une avidité pécuniaire démesurée. Or, ils ont été construits depuis une cinquantaine d’années sur du sable et les tests de leur validité ne sont en rien probants. On ne sait pas mesurer les gains futurs, les acteurs n’ont pas la rationalité de l’Homo œconomicus et les marchés ne sont pas parfaits (ne serait-ce que parce que les coûts d’intermédiation existent !). Les théoriciens auraient dû remettre en cause les fondements du modèle : ils se sont acharnés en pure perte à sa défense, souvent désespérée. Il ne restait qu’à imposer le dogme et à stigmatiser ceux qui ne s’y ralliaient pas : chez les professionnels comme dans les universités. Cette finance académique « moderne » a conféré une apparence de rigueur et de sécurité à des innovations financières qui ont produit la plus grave crise financière de l’histoire. Elle a engendré un risque extrême dont ses fondements mêmes niaient la possibilité, un Cygne noir. Les oracles – parmi lesquels les auteurs déjà cités – n’avaient pourtant pas été inactifs qui invitaient les scientifiques à retrouver une rigueur dont ils n’auraient jamais dû se départir et les professionnels à se garder de cette ivresse technique qui les avait saisis. La crise en cours permettra-t-elle d’en finir avec l'arrogance de la finance ? La leçon est sévère mais rien n’est moins sûr.

Bourguinat H. & E. Briys (2009), L’arrogance de la finance – Comment la théorie financière a produit le krach, La Découverte

 
Février / Mars 2009

N’en dit-on pas un peu trop à propos du rôle de la faute des banques dans la crise ?
On a déjà évoqué ici leurs imprudences et leurs négligences dans la gestion des risques. Il y eut les fameux prêts subprimes accordés non en considération d’une capacité de rembourser des emprunteurs mais d’une hypothétique valeur de l’actif apporté en garantie et qu’on retrouve dans des titres « structurés » dont on ne sait plus mesurer les risques. Il y eut les « affaires » – Kerviel et Madoff pour commencer – dans lesquelles les prudences élémentaires n’ont pas été activées. Il y a ce scandale des bonus déraisonnables et simplement injustifiés qui traduit l’attitude de mépris où se tiennent les principaux responsables des grandes banques. Il y a l’arrogance de la finance pour reprendre l’ouvrage de H. Bourguinat et E. Briys.
Mais peut-on alors exiger d’elles qu’elles prêtent à tout va ? Car aujourd’hui les banques prêtent, comme c’est leur métier, sous peine de perdre de la substance et de devenir vulnérables face à leurs concurrentes. Une méthode de gestion des risques – à base de titrisation et de dérivés de crédit – a montré ses dangers. Les entreprises de crédit ont été encadrées par des normes comptables et des règles prudentielles qui limitent leurs possibilités de prise de risques. Doit-on leur reprocher aujourd’hui de limiter leur exposition aux risques en refusant des prêts sollicités ? Et pourtant l’économie a besoin de la finance à risque : pour financer l’innovation qui nous intéresse ici et plus simplement pour permettre au cycle de la production et des échanges de continuer. Mais elle est malade des risques de la finance qui ont conduit à des anticipations pessimistes et au rejet des outils d’assimilation des « bons » risques.
On parle de nouvelles régulations. Il faudra éviter de s’en tenir à de vains effets de menton et bien établir les causes des dysfonctionnements. La titrisation est une technique utile pour renouveler les sources de capitaux à long terme. Les dérivés de crédit permettent le commerce du risque. A condition que ce risque soit en permanence traçable et mesurable et que ceux qui le portent en soient conscients. Le risque existe et est nécessaire ? C’est de sa gestion aventureuse qu’il faut se méfier. Ce sont les comportements à risque qu’il faut mettre sous contrôle.

 
Janvier 2009

L’année commence traditionnellement avec l’échange de vœux d’heureuse année, de bonne santé et de réussite dans les projets professionnels. Recevez donc les miens pour vous et ceux qui vous sont chers.
De l’année 2008 on retiendra probablement qu’elle fut celle des effondrements. Celui d’une partie du système financier d’abord entraînant à sa suite une récession dans l’économie dite réelle. Mais on retiendra aussi l’effondrement des réputations. Il y a un an nombre des analystes prédisaient le redressement pour l’été ou l’automne : ce fut le temps non de la reprise mais de l’amplification de la crise. Les banques si compétentes et si prudentes, hérissées de murailles de Chine pour éviter les conflits d’intérêt, ont inventé et financé massivement des aventures financières incontrôlées puis se sont fait berner dans l’escroquerie usant des recettes les plus éculées. Les gestionnaires de fonds d’investissements, eux aussi si compétents voire même géniaux pour accéder à des rendements paradisiaques : ils ne comprenaient plus grand-chose aux produits qu’ils vendaient à leurs clients et quand ils n’ont pas ruiné ces derniers, c’est qu’ils les ont enrichis moins qu’eux-mêmes.
La crise est dit-on la création de l’avenir. L’histoire des crises le vérifie souvent même si ce fut au prix de drames. La crise fait le nettoyage des créances douteuses et ouvre des voies nouvelles à ceux qui savent innover et à ceux qui savent les distinguer et leur apporter les soutiens et ressources nécessaires. Au-delà des fluctuations spéculatives la crise a confirmé des raretés qui s’amplifiaient – pétrole et produits de base par exemple – et des problèmes de plus en plus aigus – le dérèglement climatique. Elle nous a révélé que des solutions créaient plus de problèmes qu’elles n’en résolvaient – le recours irréfléchi à la biomasse créant de la famine. L’innovation n’est pas une fin en soi mais ouvre à des solutions génératrices de gains nets.
2009 commence dans une ambiance d’incertitude et de crise qui nourrit les inquiétudes et justifie plus que les années précédentes encore qu’on encourage l’effort et nourrisse l’audace. Mais elle ouvre aussi des promesses qu’il faut savoir comprendre et saisir. C’est parce que je vous sais dans cet état d’esprit que l’année qui s’ouvre peut vous être bonne. C’est le vœu que je forme.

 
Décembre 2008

L’assemblée générale de notre association tenue le 19 novembre a permis de constater que 2007 et 2008 ont été pour Francinov un temps de consolidation.
Les projets présentés au cours des réunions mensuelles suscitent à chaque fois l’intérêt des participants par leur variété et surtout la pertinence et la qualité des réponses apportées aux problèmes posés. Les huit réunions tenues chaque année ont permis d’entendre 70 présentations (auxquelles il faut ajouter celles de ce mois de décembre). Nos réunions ont mêlé les propositions de nouveaux produits ou procédés, de services. Elles ont porté aussi sur les dispositifs et services destinés aux innovateurs. La réunion qui s’est tenue à l’issue de l’assemblée générale en fut une bonne illustration : une machine électrique pour remplacer des moteurs asservis, des têtards marqueurs de pollution, un nouveau modèle d’enveloppe postale, comment trouver un business angel.
Cette Lettre de Francinov porte le numéro 34. Depuis mai 2004 sa diffusion régulière a offert un relais important pour diffuser la connaissance des projets présentés lors des réunions mensuelles aux centaines de ses destinataires. La Lettre vous informe également de la vie de l’association et de l’actualité de l’innovation : salons, réunions diverses notamment. Le site francinov.net est désormais opérationnel et complète en élargissant la visibilité de l’association, de ses activités et des projets dont elle a eu connaissance.
Ce socle solide d’activités comporte deux faiblesses. La première est que nos ressources financières sont trop limitées : Francinov est une association de bénévoles qui ne reçoit aucune subvention. La seconde est que les forces actives reposent sur un petit nombre de personnes : de nouvelles initiatives au bénéfice de l’innovation requièrent des moyens humains accrus.
C’est donc un appel à acquitter la cotisation et à rejoindre l’équipe qui anime Francinov que je vous lance.

 
Novembre 2008

Toutes les crises sont différentes et se ressemblent.
Certaines prennent naissance dans l’économie réelle puis se transmettent à la finance. L’immobilier est souvent fautif : dans les années 1980, puis 1990 et enfin actuellement pour ne citer que les exemples récents. Ou alors tout part d’une matière de base – le cuivre il y a un siècle – ou de la chute d’économies émergentes – l’Amérique latine en fin des années 1980. D’autre fois aussi une innovation majeure engendre un développement désordonné d’entreprises puis une remise en ordre douloureuse : par exemple les chemins de fer au milieu du 19ème siècle, l’économie du numérique au début du 21ème. Une bulle se forme autour d’une spéculation sur la rareté d’un produit, les promesses d’une industrie : les investisseurs se précipitent, les banquiers prêtent aux investisseurs jusqu’au moment où ce que la spéculation avait d’excessif apparaît et où les imprudents plongent.
D’autres prennent corps dans l’économie financière elle-même : des taux d’intérêt faibles qui – effet de levier aidant – entretiennent la croyance que les taux de rentabilité des fonds propres peuvent monter jusqu’au ciel ; des techniques de gestion des risques qui alimentent l’illusion de sa disparition ; l’illusion que les marchés absorbent tous les déséquilibres, etc. Et finalement la construction d’une économie réelle sur les bases d’une économie financière dopée. Une bulle de l’immobilier se construit mais aussi une autre des revenus trop fondés sur la valeur que créerait l’habileté financière. In fine la mécanique est la même : les investisseurs se précipitent, les banquiers prêtent aux investisseurs jusqu’au moment où ce que la spéculation avait d’excessif apparaît et où les imprudents plongent.
Et chacun de redécouvrir deux américains célèbres : quand les indices augmentent tous les financiers sont géniaux, dans la crise peu le sont (J.K. Galbraith) ; c’est quand la mer se retire qu’on voit ceux qui nageaient sans maillot (W. Buffett).

 
Septembre 2008

Les ouvrages qui traitent de l’innovation font communément référence à Joseph A. Schumpeter comme celui qui l’a introduite au cœur de la dynamique de l’économie et de la croissance de la richesse. Sans innovation l’économie ne peut être que stationnaire : la concurrence érode les profits et l’investissement de croissance ; l’économie stagne voire entre en récession.
L’innovation crée des opportunités nouvelles. Celui qui en détient la clé – l’innovateur – est le véritable « entrepreneur », celui qui entreprend pour remettre en cause les positions acquises par les dirigeants des firmes qui dominent les marchés et cherchent à les tenir en état. Le mobile de cet entrepreneur ? Le gain monétaire, la récompense d’un profit plus élevé que la normale quand il apporte des gains d’efficience dans la solution des problèmes économiques. L’innovation peut être majeure et reposer sur des solutions tout-à-fait nouvelles. Elle peut être aussi la généralisation de l’application (en « grappes ») de telles solutions.
Schumpeter place donc au centre de l’évolution un processus de mutation par destruction et création : pour innover il faut détruire ce qui n’est plus adapté. Les nouveaux marchés, les nouvelles méthodes de production entraînent la régression et la disparition des industries qui ne parviennent pas à se renouveler.
Et l’argent dans tout cela ? La création monétaire s’inscrit dans un cercle vertueux quand elle est destinée à alimenter le processus innovateur en finançant la production et en alimentant la demande. Les bons risques bancaires et financiers sont indéniablement là … sous réserve de quelques indispensables prudences.
L’œuvre économique de J.A. Schumpeter est souvent contre-versée, parfois à juste titre. Mais peu lui dénient d’avoir placé l’innovation où elle devait l’être : au centre de la croissance et du progrès.

 
Juin 2008

Dans un ouvrage paru en 1986 (l’innovation, avantage à l’attaquant, Paris : Interéditions), Richard Forster, directeur chez McKinsey raconte le naufrage, en 1907, du Thomas W. Lawson, splendide voilier de sept mâts destiné construit pour rivaliser avec les bateaux à vapeurs qui prenaient une part croissante du fret maritime. Il pouvait filer vingt deux nœuds pourvu qu’il eût du vent suffisant mais à l’inverse de ses concurrents n’était pas alourdi par le charbon nécessaire à alimenter ses machines. Il fallait aller vite et cette nécessité avait conduit à sacrifier les qualités à la manœuvre. C’est à l’ancre, par vent fort qu’il chavira, quille en l’air et voilure au fond. Tous l’équipage périt sauf un membre et le capitaine. Le chavirage du Thomas W. Lawson marqua la fin de l’âge des grands clippers et la navigation à vapeur affirma sa domination sur les mers.

Un mode de résolution des problèmes de transport était arrivé à ses limites et ne permettait plus des gains de performances significatifs face à une méthode dont les progrès tenaient des promesses de gains de temps, de réduction des risques de retard, d’amélioration des rendements énergétiques, de coûts rapidement décroissants. Les deux systèmes pouvaient revendiquer d’être innovants mais le second – la navigation à vapeur – était en phase d’accélération des gains apportés à ses utilisateurs alors que l’autre – la voile – peinait à grappiller quelques gains supplémentaires et encore était-ce au détriment de la sécurité.
La marine à vapeur n’aurait pas pu connaitre cette suprématie cinquante ou même vingt ans plus tôt : la solution de la voile avait encore une efficience supérieure. En matière d’innovation aussi il faut savoir qui est dans le sens de l’évolution et si le moment est venu de la réussite.

 
Mai 2008

L’innovation est-elle « tirée » par le marché (market pull) ou est-elle « poussée » par l’avancée des connaissances (Science push) ? L’histoire enseigne qu’il y a toujours eu de l’un et de l’autre et même si selon les cas ce fut plus de l’un ou plus de l’autre.
Souvent les innovations ont permis de résoudre des problèmes (petit ou grand) avec des connaissances déjà mises en œuvre : on évoque alors le rôle central des besoins (le marché) dans le processus. Mais quand la solution a nécessité un progrès significatif, voire une rupture des connaissances, l’explication par le marché qui tire n’a plus été suffisante.
Dans d’autres cas l’apparition de connaissances nouvelles a transformé la façon de résoudre les problèmes en favorisant l’émergence de nouvelles technologies : la poussée par la science est alors appelée en explication. Encore faut-il que des besoins existent qui puissent être ainsi résolus et que le nouveau type de solution apporte une réponse plus efficiente que les anciens.
La période actuelle – intensive en innovations – commande de combiner les deux principes : accélérer l’émergence de connaissances nouvelles rapidement utilisables pour répondre à des besoins qui ne peuvent en l’état recevoir de réponse suffisante.
Un type d’organisation adapté en favorise la survenance autour de trois principes clés. La production de connaissances doit garder son autonomie mais dans l’interdépendance stratégique avec les autres fonctions des entreprises. La structure par projet fournit un cadre de coopération facilitateur. Une partie des chercheurs doivent être érigés en « intrapreneurs ».
Mais n’est-ce pas au fond l’esprit de départ des pôles de compétitivité.

 
Mars 2008

La bulle internet a-t-elle vu naître un nouveau type d’entreprises, désignées couramment comme « start-up » ? Les entreprises innovatrices de la dernière révolution industrielle – celle des technologies de l’information et de la communication – sont-elles à ce point différentes de celles nées lors des révolutions précédentes qu’elles justifient pour être analysées un nouveau cadre de description et d’analyse ?
A l’appui de cette proposition, des recherches récentes invoquent le développement de nouvelles formes d’organisation. La facilitation du travail en réseau par ces technologies a permis le développement de processus coopératifs : l’organisation bien calée dans ses frontières a fait place à la collaboration de petites équipes, certaines dans la coque juridique d’une même entreprise, d’autres en dehors. L’adhésion au projet et à la communauté qui le porte et le goût de l’aventure semblent en être le ciment stabilisateur plutôt qu’une ligne hiérarchique et des relations sociales formelles. De risqueurs les investisseurs se muent souvent en partenaires plus respectueux de l’autonomie des nouveaux entrepreneurs.
Face à ces indiscutables caractères ne concluons-nous pas trop rapidement à la naissance de la start-up comme nouveau type d’entreprise ? D’abord parce qu’elle est un démarrage et que le recul est insuffisant pour juger de la durabilité du type. Les industries les plus concernées ont d’ailleurs connu ces dernières années des remises en ordre sévères. Ensuite parce l’entreprise en réseau et l’organisation « adhocratique » sont bien antérieures à la révolution du numérique. Le modèle de la start-up est indiscutablement un renouvellement mais gardons nous donc de l’idéaliser au point d’oublier les principes fondamentaux de la conduite des entreprises.

 
Février 2008

L’affaire «Kerviel contre Société Générale » m’amène à prolonger l’éditorial du mois de janvier qui exprimait la crainte que la crise dite des subprimes n’assèche pour un temps le financement de l’innovation. Ces deux affaires sont différentes dans leur nature : des fautes microéconomiques de la banque et du trader contre une dérive suivie d’une sortie de route du système financier dans son ensemble. Elles ont en commun de montrer les limites de la maîtrise des risques et le danger qu’il y a à croire trop légèrement ces risques « sous contrôle ».
Dans le cas des subprimes la croyance s’était imposée que le risque disparaissait de fait quand il était mélangé à d’autres risques et dispersé en miettes parmi les investisseurs, pas toujours conscients d’en porter une part. En fait la révélation qu’il subsistait et qu’on ne savait pas très bien où il se nichait, combinée à un autre risque (un manque de liquidités de certains porteurs de ce risque) a conduit à l’engrenage de la débâcle.
Dans le cas du trader le risque de positions perdantes fait partie du métier. La banque limite ce risque par des dispositifs qui en réduisent l’occurrence et surtout les pertes potentielles. Encore faut-il qu’il n’y ait pas de jeu dans les rouages du contrôle et qu’on en relâche la rigueur. Une confiance excessive y conduit vite.
La maîtrise des risques requiert une attention aux signaux annonciateurs et la révision en continu des procédures d’évaluation et de contrôle. Il y faut de la constance et de la modestie.

 
Janvier 2008

Pour cette année 2008 qui commence je vous souhaite à tous beaucoup de bonheur dans la conduite de vos projets personnels et professionnels et à notre association Francinov d’amplifier encore son action de soutien aux projets innovateurs.
De ce point de vue l’évolution économique récente justifie quelques inquiétudes. L’économie a besoin de la finance à risque et tout particulièrement parce que son futur se construit sur l’innovation. Elle a besoin que des investisseurs engagent leur patrimoine en spéculant sur la réussite de projets, de produits ou de procédés nouveaux porteurs de croissance économique. Elle a aussi besoin de ces vagues d’engouement – comme l’a été il y a 10 ans celui pour l’Internet – même si le prix de succès remarquables est dans une multitude d’échecs.
La crise financière qui se développe sous nos yeux n’a que peu à voir avec cette sorte de finance à risque. Il n’y a pas de croissance future dans la ruine de ménages surendettés. Il n’y a pas de croissance durable assise sur la seule acrobatie des constructions financières. Il n’y a pas d’acceptation du risque sans transparence des projets et des montages financiers. L’acceptation du risque repose sur la confiance.
Les projets qui intéressent les membres de Francinov ne sont pas de cette espèce. Mais ils ont besoin de la finance à risque. La crainte est que la crise actuelle n’entraîne une aversion excessive pour ce risque et des dispositifs prudentiels sans discernement qui freinent l’émergence de projets porteurs de croissance et d’emploi.
Formons le vœu contraire pour cette nouvelle année.

 
Décembre 2007

Nous avons rappelé le mois dernier le caractère central de la question du marché dans le passage de l’invention à l’innovation. S’il est indispensable que le produit ou le procédé nouveau répondent à un besoin identifié, le respect de cette condition doit être réalisé en tenant compte d’un environnement technique et économique souvent complexe.
L’innovation est par nature initiatrice de ruptures. Elle dérange autour d’elle. Plus ou moins mais elle dérange. Son adoption requiert parfois des compétences nouvelles des utilisateurs qui la substituent à des procédés anciens. Elle modifie parfois la relation aux clients. Elle peut aussi requérir des équipements nouveaux là où des équipements anciens ne sont pas encore amortis. Elle remet en cause des situations constituées dans l’entreprise pour privilégier d’autres groupes ou acteurs. C’est, peu ou prou, l’équilibre de l’entreprise, sa stratégie, son organisation qui sont affectés.

Ces ruptures engendrent des résistances, des oppositions, des « frottements » qui sont autant de difficultés à vaincre, de freins à la réussite de l’innovation et parfois d’explications de son échec. Nos réunions mensuelles nous fournissent de nombreux cas de ces obstacles et des dommages qu’ils créent. Préparer le succès c’est aussi savoir les anticiper et y apporter des solutions.

 
Novembre 2007

Deux interventions des réunions de présentation de projets de septembre et d’octobre traitaient de projets proches : le marketing dans le processus d’innovation. Pour qui place la technologie au centre de celui-ci le sujet paraît de second niveau. Mais l’expérience de ceux qui y ont réussi et le bon sens de tous commandent ensemble de lier technologie et marketing.

En fait c’est là tout le passage de l’invention à l’innovation : de la découverte d’une solution nouvelle à un problème (nouveau ou ancien) à la reconnaissance de son adoption réussie. Quand cette réussite est économique elle se traduit dans un flux d’affaires et de revenus. L’innovation va au-delà de l’invention. Il n’est pas besoin que la solution soit absolument nouvelle pour que l’innovation soit reconnue : un procédé déjà mis en valeur dont l’emploi est transféré dans un autre contexte (pour résoudre un autre type de problème, ou dans un autre pays, ou une autre industrie notamment) est une innovation.

Il faut donc se poser la question du marché et plus largement des besoins pour que la découverte devienne une ou des innovations. L’interrogation peut-être de partir du marché pour inventer des solutions nouvelles et les mettre en application. Elle peut être aussi de partir des propriétés de l’invention pour en développer les propriétés et en étendre l’application. L’histoire le montre : le processus innovateur ne fait pas le choix entre les deux.

 
Octobre 2007

Francinov n’est pas qu’organisatrice de réunions de présentation de projets innovants. Les missions qu’elle s’est assignées vont bien au-delà : agir dans tous les lieux où elle le peut et selon des modalités variées pour favoriser la réussite de l’innovation et des innovateurs et contribuer au développement économique du pays. L’organisation de salons de l’innovation, l’aide apportée aux inventeurs participant à des salons comme ceux de Genève ou de Jonquières en font partie. La soirée des 20 ans de Francinov l’an dernier a surtout permis de distinguer et de mieux faire connaître des innovateurs dans des domaines les plus variés.
Un projet nouveau est né en début de cette année : l’organisation avec la SERI – fin 2008 – d’une cérémonie distinguant des innovateurs issus de pays francophones. Le développement de projets innovants dans les pays francophones les moins développés est souvent fait d’adaptations de produits et procédés existants à un contexte auquel ils n’étaient pas destinés. Il ne s’agit pourtant pas moins d’innovations et les pays les moins avancés ont besoin autant que le nôtre de ces innovations pour assurer leur avenir.

Comme toujours Francinov montera ce projet avec les moyens bénévoles qui sont les siens. Une petite équipe s’est mise en place, qui doit l’organiser et en vérifier la faisabilité financière, qui doit comme à l’habitude reposer sur des financements externes. Elle ne demande qu’à s’élargir à ceux d’entre vous qui le souhaitent.

 
Septembre 2008

Vous connaissez Francinov ou êtes en train de lier connaissance par la lecture de cette lettre. Connaissez-vous la SERI, la Société d’Encouragement pour la Recherche et l’Invention ? Elle est plus ancienne, 50 ans contre 20 et ont fêté leurs anniversaires ensemble le 30 novembre 2006 au Château de Versailles. Beaucoup d’entre vous étaient présents.

D'une certaine façon Francinov est fille de la SERI et nombre de membres de la seconde ont été à l’origine de la première. Notre ami Eugène-Marcel Guiton – fondateur des deux – dit souvent que Francinov a été créée pour donner un cadre aux ambitions de sa précédente. Leur but commun est d’agir pour que les projets innovateurs émergent et réussissent pour le bien de la France. La SERI s’est consacrée davantage à l’action auprès des pouvoirs publics et elle a assuré la gestion morale et matérielle d’une distinction – la médaille d’encouragement de la recherche et de l’innovation – qu’ont reçue quelques innovateurs remarquables le 30 novembre. Francinov s’est plus directement intéressée au soutien des projets et à la réflexion conduisant au succès du processus innovateur. La SERI et Francinov sont en train de se rapprocher pour rendre plus étroite encore leur collaboration. L’union ne fait-elle pas la force ? Elles ont des buts et des animateurs pour beaucoup communs dont l’action sera ainsi plus forte. Les comités chargés de sélectionner les personnes distinguées par la médaille de la SERI garderont leur indépendance de jugement. Les assembles générales tenues le 12 juin par les deux associations en débattront et nous vous tiendrons informés de ce projet.

 
Mai 2007

Participant à un colloque sur le management des entreprises innovantes, deux dirigeants de toutes petites entreprises - récentes et innovantes - témoignaient de leur expérience. L'entreprise du premier travaillait en sous-traitance dans le domaine des automatismes et le second réalisait des études et recherches. L'un et l'autre sont associés à un pôle de compétitivité et chacun tire de cette expérience récente un bilan différent.

Sur l'intérêt de participer à un pôle les avis convergent : elle offre des opportunités de progression dans la maîtrise des produits et des procédés et de coopération avec de grandes entreprises et laboratoires de recherche, ressources de compétences et pour les premières souvent donneurs d'ordres.

Cet intérêt se trouve contrebalancé dans le cas du sous-traitant en automatismes par deux inconvénients. Le premier est la lourdeur des procédures de gouvernance des pôles et le temps qu'elle exige en réunions, coordinations, démarches diverses : le temps manque souvent dans une petite structure pour y satisfaire et le coût que cela représenterait pèserait lourd dans les coûts. Le second est dans la crainte d'une protection insuffisante des droits de propriété industrielle face à des partenaires disposant de compétences juridiques rodées et - là encore - du temps requis à la préparation et la négociation des
contrats.

Pour que les pôles de compétitivité de premier rang permettent aussi cette irrigation du tissu industriel dont il était question le mois dernier, il faut que leur fonctionnement et leur gouvernance soient compatibles avec les ressources et les rythmes des PME, ce qui n'est pas encore le cas.

 
Mars / Avril 2007

L'innovation est au cœur des propositions électorales de la plupart des candidats. Si un tel engagement encourage la propension au lyrique, cela ne doit pas faire obstacle au principe de réalité. Il y a longtemps que l'innovation est invoquée comme clé de la croissance économique et que l'accroissement des moyens consacrés à la recherche est affirmé comme une priorité budgétaire. Encore faut-il le faire vraiment et être efficace. Dernier avatar de la politique en faveur de l'innovation, les pôles de compétitivité se mettent en place progressivement. Ceux d'entre eux qui pouvaient s'appuyer sur des programmes et des collaborations antérieurs ont lancé leurs programmes. D'autres n'en sont à l'inverse, qu'à la phase de la mise en place ou de l'agrément. Il est trop tôt encore pour en établir un bilan mais force est de remarquer que si les grands laboratoires de recherche et les grandes entreprises d'industries basées sur la recherche parviennent à trouver leur place, celle des entreprises plus petites - même habituellement innovatrices - reste à faire. L'efficacité dans ce domaine suppose en premier lieu qu'on respecte deux rythmes. Le rythme de la recherche qui s'inscrit souvent dans la durée de la découverte et de l'expérimentation. Le rythme des entreprises qui en attendent un retour sur investissement compatible avec leur cycle économique. L'efficacité suppose en second lieu que les progrès technologiques irrigueront le tissu industriel au-delà des acteurs principaux et donc aussi les entreprises petites et moyennes. C'est loin d'être assuré. J'y reviendrai les prochains mois.

 
Janvier / Février 2007

Avant toute chose, au nom de l'équipe qui anime Francinov, je veux vous souhaiter une excellente année 2007. Nous vous souhaitons une vie personnelle et familiale heureuse et la réalisation de vos vœux professionnels. On dit de toute année qui commence qu'elle marquera un tournant pour notre pays. L'occasion peut en être une échéance prévue, nationale ou internationale, ou tout simplement le souhait que des évènements surviennent ou que des initiatives soient prises dans un domaine jugé crucial. Et toute année marque quelques étapes importantes, quelques occasions plus ou moins réussies pour la France. L'année 2007 sera celle des élections présidentielles et législatives. Rien d'exceptionnel en soi puisque l'évènement se reproduit tous les cinq ans et il n'est bien entendu pas question de marquer ici une préférence ni de recommander tel ou telle. Chacun fera son choix. De tous côtés l'innovation est invoquée comme un passage obligé vers l'avenir. Une économie, qui ne peut - ni ne cherche - la compétitivité par des coûts très faibles, doit proposer aux marchés des solutions différenciées et innovantes. Les principaux candidats l'ont bien compris et font assaut de propositions pour favoriser cette voie. Depuis trente ans et plus, les dispositifs se sont multipliés pour aider les innovateurs : aides financières et fiscales, agences, projets dont les pôles de compétitivité et l'agence nationale de la recherche sont des avatars récents. Il serait injuste d'affirmer que tout cela fut vain et peu productif. Mais les résultats restent en deçà des nécessités. Les candidats peuvent beaucoup mais pas tout. A chacun de se mobiliser.

 
Novembre / Décembre 2006

Pour une fête ce fut une belle fête. Francinov a fêté ses vingt ans comme peu d'associations l'ont fait. Plus de 550 participants avaient répondu à l'invitation et peu - s'il toutefois s'en est trouvé - ont regretté leur présence.

Un anniversaire, c'est d'abord l'évocation des années écoulées, plus d'un millier de projets innovants présentés lors des soirées mensuelles, les trois salons Innovation 1996, 1998, 2000, les nombreuses distinctions obtenues par les projets sélectionnés au Salon International de l'Innovation de Genève en 2005 et 2006 (10 médailles d'or, 4 d'argent, une de bronze et trois prix spéciaux), la galerie Internet, première du genre et cette Lettre de Francinov qui vous tient au courant de nos activités mais également des manifestations consacrées à l'innovation.

Un anniversaire c'est aussi le souvenir de ceux qui nous ont quittés en chemin et beaucoup avaient en mémoire la forte personnalité de Francis Marquer, qui dirigeait alors le Cabinet Moutard, et qui a porté la création de Francinov.

Nous avons voulu consacrer cet anniversaire à ce qui fait notre objet : la promotion de projets innovants. La cérémonie de remise des médailles de la Recherche et de l'Invention en a été un moment fort. Les récipiendaires étaient à l'image de ceux que soutient Francinov : des inventeurs, des chercheurs, qui proposent des solutions à des problèmes posés.
Rappelons Messieurs Jean Brunet et Atilla Yazman dans les systèmes de contrôle, Pierre Clausin entre la protection contre les gaz toxiques et les enrouleurs pour voiles, Roland Damaschini et ses collègues du Laboratoire Aimé Cotton avec une canne laser pour mal voyants, madame Géraldine Deliencourt-Godefroy dans la préservation des matériaux cellulaires, Messieurs René Duranton pour la gestion des systèmes d'éclairage urbain, Claude Etiévant dans les progrès apportés pour la réalisation de piles à combustible, Madame Marie-Claire Janailhac dans les ingrédients actifs pour produits cosmétiques, Messieurs Maxime Laguerre pour les produits en polymères pour l'horticulture, Claude Lambert avec la traçabilité par procédés chimiques, Dominique Michel dans le domaine de l’ingénierie offshore, Thomas Oksenhendler, spécialiste des lasers, Jean-Claude Sarrazy pour l'emballage thermoplastique des palettes et Bernard Saunier en matière notamment de gestion des eaux.

Cette remise de distinctions céda à l'émotion quand notre ami Eugène Guiton, Président de la Société d'Encouragement pour la Recherche et l'Invention remit à Madame Lemaire d'Agaggio la grande médaille décernée au Professeur Raymond Daudel, décédé cette année.

La conférence de M. Joël de Rosnay qui clôturait cette cérémonie a été l'occasion d'une prospective des technologies du futur. Rêves ? Réalité ? Bien souvent les premiers rejoignent déjà la seconde. Il faut du rêve pour inventer le futur mais il n'est de rêve qui ne soit ancré dans les exigences du présent. Nous ne sommes pas sortis de notre problématique de l'innovation.

Un anniversaire c'est une fête. Le Centre de Musique Baroque nous l'a offerte en jouant quatre contemporains de Mozart : Gluck, Gossec, Sacchini et Jean-Christian Bach. Découverte de pièces musicales et chantées redécouvertes dans l'Opéra Royal du Château de Versailles, où Mozart lui-même a dû les découvrir.

Une très belle soirée donc que nous devons à une petite équipe qui l'a réussie. A notre vice-président Arnaud de Saint-Palais qui l'a voulue et organisée et autour de lui Gérard Demagny, Isabelle Delaballe, Nelly Montay et Anne-Marie Vacher. Elle n'aurait pu se tenir sans quelques partenaires. Le Ministère de l'Education Nationale, la Communauté d'Agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines et la Ville de Versailles, la Fédération Nationale des Associations Françaises d'Inventeurs (FNAFI), la Société Générale à Versailles ont accepté d'apporter leur soutien. Les ont rejoint quelques entreprises, petites ou moyennes, qui ont placé l'innovation au centre de leur développement : la Compagnie Européenne des Technologies de l'Hydrogène (CETH), Edelcom, Fastlite, Karver, Protokinetix, Saunier, Sefmat, Sherpa Engineering, la SOPARCO,Tracing Technologies et le Cabinet Moutard.

A tous je dis notre gratitude.

 
Octobre 2006

Connaissez-vous l'histoire de ce colibri qui participe à la lutte contre l'incendie de la forêt ? Tous les animaux y participent selon leurs moyens : en déversant de l'eau, en agitant l'air pour essayer de contrarier le vent, en abattant des arbres et creusant des tranchées pour empêcher le feu d'avancer … Le colibri est le plus petit oiseau de la nature. Alors avec son bec, goutte à goutte, il va chercher l'eau à la rivière et la lâche sur le feu. Un éléphant lui dit : « Qu'espères-tu avec ta petite taille contre un tel incendie ». Le colibri répond : « je sais que je ne peux l'éteindre seul et que je suis de peu de forces. Mais au moins j'aurai fait ma part ».

Quelle leçon en tirer concernant l'innovation et sa participation aux progrès dans la société ? Il y a des innovations majeures (elles changent beaucoup de choses dans l'économie et la société), des innovations génériques (elles en entraînent beaucoup d'autres à leur suite) mais il y a aussi la multitude des autres. Celles qui ne révolutionnent pas la science mais proposent une nouvelle application utile de connaissances ou de pratiques connues. Celles qui « cuisinent » des méthodes déjà expérimentées pour résoudre des problèmes. Celles qui s'attachent la résolution de problèmes déclarés fondamentaux (la sécurité sanitaire, les économies d'énergie), celles qui accroissent la compétitivité, celles qui éliminent ces petites choses qui compliquent la vie… Il y a les éléphants et les colibris de l'innovation.

La position de Francinov est qu'il faut les uns et les autres, et que les colibris doivent être reconnus et respectés.

 
Septembre 2006

Cette fois Francinov a vingt ans. La décision de créer l'association a été prise au début de l'été 1986 et la première réunion de présentation de projets en septembre de la même année. Le dixième anniversaire avait été célébré à La Celle Saint Cloud et nous avait fait apprécier la musique de chambre avec l'Ensemble Instrumentale de France.

Le vingtième anniversaire se tiendra le jeudi 30 novembre 2006 dans le cadre du Château de Versailles. Pouvait-on imaginer cadre plus prestigieux ? En partenariat avec la SERI (Société d'Encouragement de la Recherche et de l'Invention) - qui fête cette année ses cinquante ans - des innovateurs et des chercheurs seront honorés et se verront remettre la médaille d'encouragement de la recherche et de l'invention. Cette cérémonie sera suivie d'un cocktail.

La manifestation se poursuivra à l'Opéra du Château par un concert donné par le Centre de Musique Baroque de Versailles. Il proposera des œuvres de Jean-Chrétien Bach, François-Joseph Gossec, Christoph Willibald Glück et Antonio Sacchini. Les informations sur cette soirée et sur la réservation des places sont sur le site de Francinov.

Une telle réalisation n'est possible qu'avec le soutien d'entreprises privées et collectivités publiques qui aident à son financement. Francinov ne souhaite aucun de ces financements pour elle-même. Ils iront en totalité au Centre de Musique Baroque sous la forme de mécénat. Au nom de tous, je les remercie de leur soutien.

 
Juin 2006

La proximité géographique des partenaires potentiels favorise-t-elle l'innovation ?

Cette idée de la proximité a été à l'origine de nombreux concepts et politiques. L'idée déjà ancienne que les technopoles pouvaient constituer des lieux géographiques de synergies entre des entreprises, des écoles et des laboratoires en est un exemple. La rencontre de ce principe avec celui plus ancien des districts industriels réunissant des entreprises petites pour compenser par le nombre le handicap de la taille a donné de la force à l'idée de la proximité. Quelques réussites survenues dans ce contexte de proximité ont encouragé les responsables de l'aménagement du territoire. Il n'est donc pas étonnant que l'idée soit revenue dans la mise en place de pôles de compétitivité.

Mais est-elle appropriée dans cette circonstance ? La proximité est-elle déterminante pour les grandes entreprises, pour les grands laboratoires qui en sont les principaux acteurs. Quand un leader de la chimie ou de l'électronique a besoin d'une coopération en matière de recherche peu lui importe que le partenaire scientifique soit de l'autre coté de la vallée ou au bout du Monde. L'important est qu'il soit bon. La recherche de la qualité a vaincu les facilités géographiques.

Alors s'il s'agit de provoquer des coopérations entre acteurs français pour développer des activités nouvelles créatrices de richesse et d'emplois ou si le but est de mettre de l'ordre et d'éviter l'éparpillement des ressources, c'est très bien. S'il s'agit de définir des vocations industrielles régionales, c'est beaucoup plus incertain.

 
Mai 2006

Faut-il adopter la langue anglaise pour rédiger les documents techniques ? La question fit débat et anima la réunion Francinov du 26 avril dernier.

D'un côté la commodité d'un véhicule commun. Le langage universel permet que chacun comprenne et soit compris de tout le monde. Il réduit les coûts dans les échanges d'information : coûts en temps, coûts monétaires s'il s'agit de traduire. Il évite parfois les erreurs et approximations dans la traduction.

De l'autre coté la reconnaissance qu'un langage fournit les normes, les références, et la création d'une asymétrie dans les relations d'affaires. Qui peut affirmer qu'une langue est le support neutre d'une transaction ? Ce serait nier son histoire. Une langue se construit progressivement pour répondre à des besoins concrets de communiquer, c'est-à-dire d'informer mais aussi ordonner. Elle normalise les rapports entre ceux qui échangent. Comme elle a de la mémoire elle transmet dans le temps les normes qu'elle porte, y introduit des variantes, voire des ambiguïtés. Elle emprunte souvent à d'autres langues pour s'enrichir mais assimile l'import dans ses propres repères. Changer de langue c'est changer d'histoire.

Encore n'est-ce pas si simple à réaliser. Nombreux sont aujourd'hui ceux qui pratiquent l'anglais. Mais de quelle pratique de l'anglais s'agit-il ? De conversation ou de lecture d'une information courantes ? C'est vraisemblable. De compréhension ou plus difficile d'écriture d'une notice technique, des précisions nuancées d'un acte juridique … C'est plus rare. Avec les conséquences que cela peut entraîner.

Le contrôle de la langue des relations d'affaires est un avantage compétitif. Les décisions la concernant méritent donc réflexion.

 
Avril 2006

L'innovation commence avec un problème - parfois nouveau, souvent ancien - auquel on trouve une solution nouvelle. Ce n'est pas suffisant. Il faut aussi l'opportunité d'un marché - existant ou à créer - et la mobilisation de ressources - des compétences et des financements - pour que l'entreprise démarre.

L'innovation commence et continue avec beaucoup de rencontres, de contacts. Promouvoir l'innovation c'est faciliter l'émergence des idées et la mise au point des solutions, réduire les obstacles à la mobilisation des ressources humaines et financières. Mais c'est aussi faciliter les contacts, accroître la probabilité pour que les rencontres aient lieu et donc des contacts porteurs de bons projets.

Nous ne vivons pas dans ce monde californien où chercheurs, entrepreneurs, capital-risqueurs vivent en voisin hors des grandes villes et se retrouvent autour d'un barbecue le week-end venu. Pour la détente ? Les affaires ? Les deux à la fois ? Le fait est que les affaires se montent et que ces petites sociétés fabriquent des mécanismes de coopération qui font le dynamisme de l'économie des Etats-Unis.

Les projets nationaux et communautaires tentent de créer ces contacts et d'engager ces coopérations en Europe ou d'y pallier par des dispositifs variés. Ce faisant ils s'adressent souvent à des entreprises établies, voire grandes, mais peinent face aux projets individuels. Combien d'histoires d'inventions perdues ici devenues des innovations majeures de l'autre coté de l'Atlantique ?

 
Février / Mars 2006

Puisque Francinov aura vingt ans en 2006 vous me permettrez plusieurs retours sur ces années.

La première question sera : comment une association comme la nôtre a-t-elle bénéficié de cette longévité alors que d'autres, nombreuses, éprouvent des difficultés ou ont disparu ?

Une première raison me paraît être que Francinov poursuivait des objectifs raisonnables pour une association de bénévoles et qu’elle s'y est tenue.

Au centre est le projet. Est-il techniquement faisable ? Economiquement et commercialement soutenable ? Telles sont les questions centrales pour nous. S'il doit y avoir création d'entreprise, d'autres structures ou institutions sont mieux qualifiées et outillées pour la conduire, à commencer par des membres de Francinov.

La tentation de faire plus, d'aller vers la prise en charge de la réalisation, a souvent été forte. Elle a répondu alors à la demande de quelques porteurs de projets. Mais alors l'ambigüité s'insinuait entre le bénévolat au cœur du projet d'origine et le caractère nécessairement marchand de la prise en charge de projets qui mobilisait des ressources professionnelles. La mise en commun des expériences, l'aide à la prise de contact peuvent relever du bénévolat, le conseil et l'assistance technique, juridique ou financière sont des métiers qui se rémunèrent.

La pérennité de Francinov est d'avoir su rester fidèle à son statut d'association.

 
Janvier 2006

Une nouvelle année commence que je vous souhaite excellente dans votre vie personnelle et professionnelle. Je nous souhaite dans le cadre de Francinov des soirées mêlant travail et convivialité pour consacrer aux projets présentés l'examen attentif qu'ils méritent dans une ambiance de coopération et d'amitié.

En 2006 Francinov aura vingt ans et cet évènement sera célébré. Vingt ans déjà que quelques fondateurs précédemment réunis par des associations d'entreprises de Saint-Quentin-en-Yvelines et de Versailles (respectivement l'ARCY et la GIRV) décidaient de créer une nouvelle association pour aider des porteurs de projets à les réaliser. Cible principale : ceux qui ne disposaient pas de ressources financières ou de réseaux de contacts indispensables à la réussite de leur entreprise et notamment les inventeurs indépendants.

L'ambition était grande : faciliter les rencontres et la conclusion d'affaires mais aussi constituer un lieu d'échange et de réflexion : sur l'innovation elle même, sur la création d'entreprises innovantes, sur la stratégie, le financement, les aspects juridiques, etc.
Francinov a été parmi les pionnières des associations de promotion de l'innovation. Naturellement ses membres se sont accrus et en grande partie renouvelés ; son projet s'est resserré mais elle est parmi les rares de ces pionnières à exister encore. Y a-t-il un secret à cette longévité ? Nul ne sait mais il fallait éviter quelques écueils qui se sont révélés fatals à d'autres. Le projet de départ a été préservé : une association (au sens fort du terme) qui suit une voie originale, innovatrice, au service de l'innovation. Je reviendrai sur ces points dans les prochains mois.

 
Novembre 2005

La précaution financière accrue va-t-elle jouer contre l'innovation ?

Des organismes internationaux et autorités de régulation mettent en place des règles prudentielles destinées à mieux faire connaître le risque encouru par les établissements financiers (particulièrement les banques) et à les contraindre à couvrir ces risques. La Banque des Règlements Internationaux par exemple vient de renforcer l'obligation de constituer des fonds propres proportionnés à l'importance de la perte escomptée (ratios Mac Donnaugh). L'Union Européenne prépare des directives dans ce sens.

La nécessité de garantir la solvabilité des établissements de crédit ne fait pas de doute. Ce n'est pas l'objet ici d'en discuter. Mais on comprend tout de suite que deux effets de ces dispositifs vont se combiner : sélectivité accrue au profit des emprunteurs présentant peu de risque. La constitution de fonds propres ou la titrisation des risques à un coût que paieront naturellement ceux qui les rendent nécessaires.

L'innovation est une activité à risque. Elle l'est à ses différentes étapes : le besoin auquel elle répond est-il bien formulé ? La solution proposée est-elle techniquement et économiquement réalisable ? L'accueil du marché permettra-t-il à une échéance raisonnable une activité rémunératrice ? C'est aussi une activité fréquemment financée par endettement, notamment quand l'entreprise innovatrice est petite et jeune.

Comment réduire les risques pesant sur le système financier sans rendre le financement de l'innovation plus difficile et plus coûteux, c'est-à-dire en définitif sans accroître le risque qu'engendre par nature l'innovation ?
Par exemple l'absorption de l'ANVAR par le CEPME pour faire de l'ensemble un établissement financier classique est-elle une bonne idée ? L'avenir le dira mais on peut en douter.

 
Juillet 2005

Spillover.

Dans son acception générale spillover exprime qu'un excédent, un surplus se déverse au-delà de son milieu générateur. La population d'une région à démographie excédentaire se déverse dans les régions environnantes par exemple.
On a pris l'habitude de désigner du même terme des retombées des grands programmes technologiques dans des activités économiques qui n'ont avec le programme qu'une relation indirecte, parfois lointaine et peu explicite. On dit Airbus héritier de Concorde : la filiation est du domaine de l'évidence. Mais combien de progrès dans les automatismes, les matériaux, les procédés, combien de savoir-faire organisationnels constitués dans ces opérations puis transplantés par miettes ou pans entiers dans d'autres contextes et pour d'autres besoins. Dans la période où le Japon constituait un modèle on disait les entreprises japonaises excellentes dans cet exercice.

Nul ne sait si le programme ITER apportera au Monde l'énergie du futur. Mais l'importance des besoins futurs oblige à l'espérer. L'organisation technique et économique qui en résultera n'a probablement rien à voir avec ce qu'on imagine quand encore on y parvient. Deux choses sont sûres : le programme qui commence n'est que le point de départ d'une multitude d'autres qui se formeront autour de son axe central. Il obligera à des avancées scientifiques et technologiques qui trouveront des applications dans les domaines les plus variés.

Comme toujours les pays et les entreprises qui gagneront à la coopération internationale seront ceux qui sauront créer le spillover à leur avantage.

 
Juin 2005

On célèbre cette année le centenaire des quatre articles d'Einstein : la lumière constituée de quanta d'énergie, la structure atomique de la matière, la relation entre l'espace et le temps, l'interchangeabilité entre la masse et l'énergie. Quatre contributions qui sont aussi des fondements de la physique contemporaine et ont contribué, souvent beaucoup plus tard, au progrès des techniques.

On reproche souvent à la recherche fondamentale le temps dans lequel elle s'inscrit et de n'être pas suffisamment orientée vers la résolution de problèmes immédiats : de santé publique, industriels ou autres. Einstein n'avait probablement pas en tête les conséquences pratiques de ses développements théoriques en 1905. Et pourtant qui pourrait nier que l'humanité n'a pas reçu le revenu de son investissement ?

La recherche fondamentale n'inscrit pas ses projets dans le même temps que l'industrie et plus généralement la société et quand elle vise à la résolution de problèmes identifiés son calendrier d'intervention s'inscrit dans une durée qui paraît souvent trop longue : la lutte contre certaines maladies et la recherche de nouvelles sources d'énergie électrique en sont des exemples.

Il y a plus de deux siècles un économiste français, Jean-Baptiste Say, disait que le progrès économique viendrait de l'application des connaissances scientifiques dans l'industrie. Encore faut-il que les connaissances et l'industrie soient, chacune de leur côté, dynamiques et créatives et que les passages de la recherche à l'industrie soient fréquentés.

 
Avril / Mai 2005

Le mythe du cargo... Durant la dernière guerre mondiale, des habitants des îles du Pacifiques virent l'armée américaine construire des appontements et des pistes d'atterrissage vers lesquels les bateaux et les avions affluèrent.

La guerre finie et quelques années étant passées ils construisirent ou restaurèrent appontements et pistes, espérant bateaux et avions … Et rien ne vint.

L'innovation a besoin de grands projets disions-nous il y a quelques mois. Ils sont utiles quand ils organisent la synergie de la recherche de pointe et de l'industrie performante.
Les infrastructures, programmes ou agences qui ne se font pas supports de projets pertinents ne produisent pas les effets attendus.

L'intention est souvent dans ce mariage de la recherche et de l'industrie : celle de J-L Beffa et de son agence, celle des pôles de compétitivité pour prendre les initiatives récentes. Mais si les ressources sont retirées avant même d'avoir été attribuées et si les moyens restant sont saupoudrés sans considération des enjeux industriels majeurs, les programmes mobilisateurs entreront dans la longue histoire des vains rêves.

 
Février / Mars 2005

Que faire d'une idée qui n'est pas encore un produit ? Lors de nos réunions mensuelles sont présentés des projets élaborés dans leur principe mais qui n'ont pas encore été testés dans des prototypes ni mis en œuvre dans un produit. La réunion de janvier 2005 a été riche de ce point de vue. La route qui leur reste est encore longue :

  • D'abord trouver une ou des applications rapidement commercialisables, c'est-à-dire qui sont des solutions à des besoins identifiés et ressentis comme tels par des utilisateurs potentiels solvables. Ils sont souvent différents de ceux que l'inventeur imaginait d'abord.

  • Ensuite mettre au point des solutions techniquement et économiquement praticables : cela implique la recherche d'une simplicité de fonctionnement. Cela signifie également un design propre à faciliter l'adoption de ces solutions dans un environnement technique et économique qui existe déjà.

  • Enfin trouver les relais professionnels et commerciaux par lesquels ces solutions prendront leur place sur leurs marchés.

Entre le génie de l'origine et la réussite économique il faut donc de la modestie.

 
Janvier 2005

L'innovation a-t-elle besoin de grands projets ? Le rapport Beffa, qui doit être remis au Président de la République dans les prochains jours, relance un débat ancien.

La suprématie de la construction aérienne aux Etats-Unis et en Europe a beaucoup puisé (aux plans technique et financier) dans les programmes militaires. Le rattrapage européen était-il imaginable sans la volonté franco-britannique (Concorde) puis franco-allemande (Airbus) et un soutien financier souple des gouvernements.

Au-delà de ces succès spectaculaires combien d'autres plus discrets portés par les programmes nationaux, bilatéraux ou communautaires : matériaux automobiles par exemple.

La nouvelle agence proposée par J.-L. Beffa paraît reprendre une recette au centre des initiatives réussies. Les projets prennent appui sur des entreprises déjà bien armées dans leurs industries respectives. Les pouvoirs publics initient le programme, en appuient l'élaboration, voire forcent un peu la main des hésitants. Les responsables industriels sont compétents pour la formalisation du projet et sa mise en œuvre.

Une bonne proposition donc. A suivre dans sa réalisation.

 
Novembre 2004

Francinov est une association indépendante. Elle s'est formée librement il y a dix huit ans d'un groupe d'amis que réunissait le désir de faciliter l'émergence de projets économiques innovants.
Elle ne reçoit pas de subvention de collectivités publiques et n'en a d'ailleurs jamais sollicité. Elle n'est dépendante d'aucun intérêt industriel ou financier. Ses membres et animateurs sont bénévoles.
Cette indépendance est la force de Francinov. Les participants à ses activités sont libres de tout engagement vis-à-vis de qui que ce soit. Ses réunions sont ouvertes à des acteurs de l'innovation, professionnels ou associatifs, qui peuvent être un interlocuteur utile pour les porteurs de projets. La rencontre veut être utile mais c'est à la seule appréciation de ces derniers. L'indépendance de Francinov ne doit pas devenir sa faiblesse. Notre association a aussi besoin de ressources. Ses besoins sont limités pour être compatibles avec son souci d'indépendance mais ils existent néanmoins et ne peuvent être couverts que par les cotisations de ses membres. Si l'association est utile à ceux qui s'y rencontrent encore faut-il que ceux-ci le reconnaissent en en devenant membres. La cotisation est modeste mais elle est indispensable. Merci à tous d'y penser en recevant cette lettre ou lors de notre prochaine réunion.

 
Octobre 2004

Une innovation naît d'une question sur la manière de satisfaire un besoin. Le président de Sony voulait-il jouer au golf sans se priver de sa musique favorite ? Il demanda qu'on fixe un magnétophone à sa ceinture. Le walkman en est issu, de longues études plus loin.
Le marché alors n'existe pas. Mais il est latent, implicite : comment transporter sa musique en promenade, dans le train… ? Il ne s'exprime pas dans une forme précise mais comme une question qui trouvera sa formulation dans une réponse proposée et acceptable.

Par quel mystère une telle réponse peut-elle surgir ? On peut concéder une part au hasard (un «caprice» du Président) mais il ne peut être dissocié des conditions dans lesquelles il s'exprime : des capacités scientifiques et techniques expérimentées, une méthode rôdée à la résolution de problèmes, la capacité de mobiliser des ressources rapidement adaptables.
Mais surtout l'ensemble mobilisé vers le marché. Le marché au sens large, celui de la demande immédiate et celui de la demande à venir. Comment imaginer que le Président de cette formidable machine à ouvrir des marchés qu'est Sony n'ait pas eu l'intuition que la satisfaction de son souhait immédiat ouvrait aussi un marché considérable ?

Alors technological push ou market pull ? D'une façon ou d'une autre, toujours les deux.(A suivre)

 
Septembre 2004

Les vacances sont derrière nous, parfois déjà loin, et nos activités reprennent. Depuis 18 ans nos réunions rappellent quelques constantes qui font les réussites.

Il faut bien entendu que le projet réponde à un besoin : mais l'offre d'une solution n'aide-t-elle pas souvent la révélation du besoin ? La solution n'inspire-t-elle pas parfois des applications auxquelles l'inventeur n'avait pas pensé ?

Il faut aussi qu'il y apporte une réponse simple et économiquement tenable : mais la simplicité n'est pas toujours immédiate et le design s'affine avec l'étude et le temps. Les coûts et avantages de la nouveauté sont souvent difficiles à établir puis à mesurer.

Il faut que les résistances des clients, fournisseurs, partenaires puissent être surmontées, que les concurrents en place soient tenus à distance.

La règle constante est qu'il n'y a pas de réussite sans opiniâtreté.

 
Juin 2004

La dernière réunion de Francinov fut un succès avec les deux ingrédients qui y mènent.

Le premier fut bien entendu apporté par les invités qui présentent leurs projets. Cinq exposés dans deux genres très différents. Le système énergétique fondé sur l’hydrogène et les piles à combustible et les réactifs à base de silicium pour la synthèse de molécules organiques sont des applications de la science qui ouvrent peut-être dans le futur à des grappes d’applications très étendues. La housse défroissante, l’escabeau mains libres et l’établi d’appartement sont des produits de l’esprit pratique et résolvent par des idées simples des embarras quotidiens. Notre réunion a ainsi rappelé que l’esprit pratique et la science irriguent l’un et l’autre des esprits inventifs.

Francinov ne peut réagir que dans la convivialité, second ingrédient. Le cadre offert par nos amis de Neuvitec, à Cergy-Pontoise en fut un cadre excellent. Nous leurs devons une soirée agréable et espérons-le utile.

 
Mai 2004

L'idée d’un bulletin de Francinov est aussi ancienne que Francinov elle même. Elle s’était même réalisée dans les toutes premières années. Le nouveau bureau a souhaité relancer ce projet, plus modeste que le premier, mais compatible avec les moyens strictement bénévoles de Francinov. Remercions Anne-Marie Vacher d’en avoir accepté la charge.

La résurgence de ce support était souhaitable et régulièrement évoquée. Au-delà de nos rencontres mensuelles il manquait un lien tangible entre nous, une relation plus nourrie avec ceux qui ne peuvent régulièrement y participer mais aussi une trace des projets présentés et de leurs porteurs.

Ce bulletin vous tiendra mieux informés de nos réunions passées et à venir et de la vie de Francinov, ainsi que des évènements qui concernent l’innovation et les innovateurs. Merci d’avance du bon accueil que vous lui ferez et de la collaboration que vous lui apporterez.

 

       
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Dernière modification : 26 April 2010